Détournement de panneaux de signalisation

Publié le par association de liloufoc à liloustic

 

Cet artiste qui détourne les panneaux de signalisation

Impossible d’y échapper. Cet homme en noir sur fond rouge qui emporte, l’air de rien, la barre blanche du sens interdit. Ou cette flèche blanche sur fond bleu indiquant la droite, qui prend la forme d’une ancre massive au bout de laquelle un malheureux paquebot est entraîné vers les fonds marins. Ou encore cette tour Eiffel qui se tord pour indiquer une direction. Dans les rues de Paris, mais aussi à Rome, Barcelone ou Berlin, de curieux panneaux de signalisation ont fait leur apparition. On les doit à Clet Abraham, un artiste qui vit à Florence quand il ne parcourt pas l’Europe à la recherche de ses proies, des panneaux propres et visibles où exercer son art. Et qui signe simplement "Clet", son vrai prénom, porté par quelques hommes seulement, principalement sur l'île de Sein (Finistère).

Une seule poursuite. A la question, "mais comment vous est venue cette idée ?", que tout le monde lui pose, Clet répond : "Mon métier, c’est le dessin, et j’ai envie de communiquer. Le seul moyen de le faire, c’est la rue." L'artiste concède en outre "une tendance naturelle à la rébellion"Car le détournement de panneau, ici réalisé à l’aide d’un simple collage, est un acte illégal. Les autorités publiques craignent que les signaux incompréhensibles ou illisibles, voire risibles, se traduisent par des accidents, des automobilistes désorientés ou des bouchons. Clet en est conscient : "je m’arrange pour toujours maintenir la fonctionnalité du panneau", dit-il. L’artiste n’a été confronté à des poursuites judiciaires que dans une seule des villes où il a opéré, Pistoia (Toscane)."Il se trouve que le commandant de la police de cette ville a été arrêté pour corruption. C’est dire son degré de moralité", signale Clet.

Blasphématoire. Le thème religieux, voire christique, récurrent dans son œuvre, ne lui vaut pas davantage de problèmes."C’est étrange, mais je n’ai entendu aucune critique sur ce point", assure celui qui avoue "chercher les limites"mais "sans insulter personne". Les détournements de Clet, que l’on peut admirer sur sa page Facebook versent pourtant dans le blasphème, comme ce bonhomme semblant s’emparer d’une croix ou cette impasse, une droite blanche surmontée d’un rectangle rouge, transformée en croix sur laquelle est suspendu un malheureux crucifix. Clet a quand même observé, "quelques jours avant Pâques, la disparition de tous les crucifix du centre de Florence". Il a immédiatement effectué de nouveaux collages.

La plupart du temps, c’est toutefois l’autorité policière que défie l’artiste. Le képi en prend pour son grade. Un gardien de la paix, vêtu de son uniforme, tombe en pâmoison devant une barre de sens interdit au point de lui administrer moult bisous. "Un policier amoureux des interdits", commente Clet. Ou ce poussin qui émerge du casque d’un CRS comme si c’était un œuf. Les policiers italiens n’ont, paraît-il, pas spécialement apprécié ce simple mot, "liberi" (libres) inscrit dans la barre blanche d’un sens interdit. Parfois, le collage relève simplement de la facétie, une double flèche qui s’orne d’yeux ou deux voitures, bleue et rouge matérialisant l’interdiction de dépasser, dotées d’un large sourire.

Monture. Pour effectuer ses détournements, dans toutes les villes où il se rend, Clet se déplace à vélo. "C’est rapide et la monture me sert aussi d’échelle. Je monte dessus pour accéder au panneau", dit-il. Dans un genre plus monumental, l’artiste a aussi détourné, à Florene, la tour médiévale San Niccolo, qu’il a affublée d’un nez (voir ici). Ce simple attribut transforme l’austère bâtiment en visage, les meurtrières figurant les yeux, la porte une grande bouche interrogative ou menaçante selon les angles et les créneaux formant une élégante coiffure ondulée.

Dans cette vidéo, on verra comment procède l’artiste :

Menaces. Clet a fait des émules, conscients ou inconscients. En témoigne ce détournement de sens interdit (décidément), saisi à Anvers, cet hiver. Les yeux qui épient le passant sont ceux deBart de Wever, le patron du parti nationaliste flamand N-VA, devenubourgmestre (maire) de la deuxième ville de Belgique le 1er janvier 2013. "Niet voor A", précise un slogan : "pas pour A" (Anvers). Une autre facétie, plus joyeuse, repérée à Berlin, sur la place Viktoria-Luise, dans le quartier de Schöneberg : un vélo interdit auquel un sourire donne un air de Harry Potter.

Et enfin, le plus scabreux, un personnage qui s'invite dans une image, et c’est pour ça que l’image est toute petite : ce portier d’un hôtel de Buenos Aires qui se baisse pour saisir une valise, et voilà que c’est lui qui en est saisi.

 

Making of : je repère et photographie depuis plusieurs années des panneaux détournés, dans diverses villes. J'ignorais qu'ils étaient (presque) tous l'oeuvre du même artiste. J'ai compris en voyant la vidéo, diffusée mi-avril. Puis j'ai appelé Clet à Florence.

 

 

PS : voici quelques photos proposées par un lecteur, Adrien Caillot, de Besançon.

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