Argent...

Publié le par association de liloufoc à liloustic

Construire l’avenir

SAMEDI 28 JUILLET 2012

Les super-riches détiennent entre 21 et 32 trillions de dollars dans les paradis fiscaux. Soit 21 000 à 32 000 milliards de dollars soustraits en très grande partie à l’impôt. C’est la nouvelle livrée cette semaine par le Réseau pour la justice fiscale (Tax justice network), ONG britannique spécialisée, qui avait confié une étude à un économiste réputé. Vingt et un mille milliards de dollars équivalent au montant du Produit intérieur brut cumulé de deux pays parmi les plus riches au monde, les Etats-Unis et le Japon. La moitié de ce pactole est détenu par seulement 92 000 individus, soit 0,001% de la population mondiale.


A l’heure où les quelque 60 millions d’habitants de l’Espagne et de la Grèce voient leurs droits à l’alimentation, à la santé, au travail et à l’éducation sauvagement bafoués au nom du déficit fiscal de leurs Etats, et où l’ensemble des citoyens européens de condition modeste doivent passer à la caisse, cette information pourrait retentir comme une bombe sur le continent. La dette grecque, qui fait trembler toute l’Europe depuis deux ans, ne représente que 350 milliards de dollars, soit à peine 1,7% du montant de l’argent déposé dans les paradis fiscaux. Plus largement, lorsqu’on sait que 6 milliards de dollars investis chaque année pendant trente ans par les pouvoirs publics permettraient d’éradiquer la malnutrition sur la planète, on réalise l’ampleur du gâchis. La faim touche environ 850 millions de personnes, soit 12% de l’humanité.

 

L’extrême concentration des richesses, illustrée ici une fois de plus, démontre la vaste mascarade idéologique à laquelle nous sommes soumis quotidiennement. On nous fait croire à une pénurie causée par «la crise» alors que le monde regorge de biens et de services produits par les travailleurs. On va jusqu’à accuser les Grecs de paresse! Alors que les simples employés sont victimes de l’accélération des rythmes de travail, de la précarisation de leur condition et de la menace permanente du licenciement pour que d’autres amassent sur leur dos des sommes colossales dont ils ne savent véritablement que faire! Une triste réalité dont on nous rabâche la fatalité avec des mots comme «mondialisation» et «compétitivité internationale». Est-il compétitif de réduire la moitié des jeunes Espagnols au chômage?


L’absurdité de plus en plus criante dans laquelle s’enfonce le capitalisme devrait nous persuader de la nécessité de sa remise en cause et de la recherche d’alternatives. L’épouvantail du communisme totalitaire ne peut continuer à paralyser l’ensemble des mouvements sociaux et des intellectuels jusqu’à les empêcher d’imaginer, à la lumière du passé, les structures économiques et politiques désirables et praticables d’un monde débarrassé du capitalisme. Si un puissant mouvement antisystémique a surgi ces dernières années, il lui manque cruellement de perspectives, même si celles-ci sont déjà débattues dans des cercles encore presque confidentiels Ce n’est qu’en proposant que syndicats, groupements paysans et associations pourront convaincre une grande partie de la population de sortir de sa léthargie citoyenne et de s’engager. Savoir qu’il y a des solutions concrètes, faisables et désirables, constituerait sans nul doute une force mobilisatrice extraordinaire.

 

 
Le Courrier.ch

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